Terrains

La plupart des terrains ont été anonymisés par les auteurs. Ce travail qui concerne principalement les noms de personnes et de lieux sont marqués lors des premières observations par un *.

Le bar est situé au centre de Paris.  Il est minuscule, coincé entre un restaurant chinois de hipsters et un bar à cocktail. Il est le lieu de rendez-vous des clandés de la communauté chinoise qui boivent du mauvais vin et des kabyles qui ne respectent pas le ramadan. Les soirs de match, quelques hipsters se joignent à nous pendant que les quatre tables dehors servent d’ultime refuge à ceux qui n’en ont pas trouvé ailleurs dans le quartier. C’est le règne du Paris sur smartphone et de la vanne communautaire.

Nicolas Kssis, Paris.

Le café de la Place, petit bar d’un quartier du centre parisien, est tenu depuis plus de 20 ans par Alain, originaire de Madère et Monica, venue d’un petit village du sud de l’Italie, il y a plus de 30 ans. C’est un lieu de retransmission des matchs fiable mais assez confiné. Fréquenté par une clientèle nombreuse le midi par rapport à la taille du lieu (10 places assises, plus de 30 couverts servis), le bar réunit pour les soirées footballistiques hivernales une dizaine de clients, majoritairement des hommes habitués des lieux et, pour la plupart, résidant le quartier depuis plusieurs décennies. Une clientèle d’artistes, de libraires, et de commerçants du quartier cohabite plus ou moins avec ces habitués principalement installés au bar. La terrasse, installée le long du trottoir, sert l’hiver de fumoir et de bouffée d’oxygène aux clients qui ont un seuil de tolérance limité pour le football. Avec les beaux jours, elle s’étire le long de la rue et s’invite sur la chaussée dès lors qu’il y a des places de stationnement libres devant le bar.

Julien Sorez, Paris.

Le Sidney est un petit bar convivial d’une agglomération normande, situé dans le quartier du théâtre. Fréquenté par une clientèle d’habitués, il est réputé pour ses prix doux, la variété de sa carte de bières et la qualité de ses cocktails. Aux beaux jours, sa terrasse intérieure offre un cadre ensoleillé pour un apéritif. Tenu par un ancien pratiquant de football féru de cinéma, il est aussi apprécié pour ses retransmissions sportives et il dispose de plusieurs écrans permettant de suivre les rencontres.

Ludovic Lestrelin, Normandie.

Cette enquête est une immersion dans un groupe de footballeuses en club, âgées de 19 à 36 ans qui, pour certaines, ont également une pratique supportériste régulière. Il s’agira de caractériser cet entre-soi féminin en recueillant le regard, le comportement et le discours de jeunes femmes connaisseuses du jeu footballistique et habituées à regarder des matchs dans différents espaces (télévision, stade, bar).

Bérangère Ginhoux, Rhône-Alpes.

Le Madison, café-concert d’une ville moyenne au nord de Paris, est situé dans une petite rue un peu à l’écart des axes piétons commerçants. Son trottoir étroit ne supporte qu’une rangée de cinq tables en guise de terrasse. La décoration intérieure est d’inspiration pub anglais. Face à la porte, le comptoir et trois tabourets de bar. A côté des toilettes, un jeu de fléchettes électroniques. De chaque côté, trois banquettes. Au centre une dizaine de tables. Tout est en bois vernis. Les banquettes et les tabourets de bar sont recouverts d’un tissu écossais rouge. La décoration est faite de publicités de bière (Guinness), d’un club de golf, d’une écharpe des Celtics, d’une grande coupe… Le Madison retransmet les grands événements sportifs, principalement le Tournoi des Six Nations, les Coupes et Championnats de football sur un grand écran. Environ tous les 15 jours, il accueille un groupe de rock/folk US ou UK : Bryde, Wooden Shields, Paradisia, Acousta Noir, Blackbird Hill, etc.

Eric Passavant, Hauts-de-France.

Le Costa Brava est un bar-restaurant de Gentilly, dans la proche banlieue parisienne. Tenu par un couple de Portugais arrivés en France dans les années 1960, il propose le midi des menus ouvriers appréciés des travailleurs du bâtiment dispersés sur les chantiers alentour. Le soir une clientèle d’habitués du quartier, en majorité d’origine portugaise, viennent prendre l’apéro et parfois regarder sur un écran gigantesque les matchs de Benfica, du FC Porto, voire du Sporting. Les vendredi et samedi soir sont parfois organisées des soirées dansantes.

Fabien Archambault, banlieue parisienne.

Le City Foot. Situé dans une commune populaire de première couronne, à quelques centaines de mètres du périphérique et de Paris, le City Foot est un centre de football à cinq où je tape depuis des années le ballon avec des amis. Tenu par un proche d’un footballeur professionnel, ce centre compte plusieurs terrains en gazon synthétique et accueille tous les jours de la semaine une population assez hétérogène quoique principalement masculine (jeunes du quartier, jeunes actifs vivant souvent dans Paris, tournois organisés par des entreprises ou par des écoles, enterrements de vie de garçon…). Implanté dans une ancienne usine, le City se divise en trois espaces principaux : les vestiaires, les terrains situés dans un grand hangar où il peut faire très chaud l’été, et un hall d’accueil disposant de nombreux canapés, qui permettent aux joueurs de regarder des matchs sur différents écrans avant ou après leur partie. Derrière un grand comptoir se trouvent la caisse (compter une petite dizaine d’euros par personne pour une heure de jeu) et un bar, qui offre différentes boissons non-alcoolisées aux joueurs et de la bière.

Clément Rivière, banlieue parisienne.

Chez Daniel est un petit bar en centre-ville d’une agglomération de taille moyenne située sur la Côte d’Azur, dans lequel les habitués se retrouvent pour le café du matin, autour des quelques tables à l’intérieur. Ce sont essentiellement des artisans et des retraités habitant la ville de longue date. Le midi, c’est un lieu de repas convivial, autour d’un plat maison réalisé par la fille du patron qui gère la cuisine, que l’on déguste, été comme hiver sur les tables installées sur le large trottoir devant le bar. L’intérieur témoigne de l’amour du football du patron et du fils, un football local sur des photos jaunies par le temps mais qui font encore parler les clients. Au service, c’est le fils, qui connaît chaque client par son prénom, lesquels, pour la plupart des habitués du matin, l’ont connu tout petit. Bref, l’ambiance du matin, ou du midi, y est très conviviale.

Laurent Bocquillon, Côte d’Azur.

Trois terrains différents seront observés à Monte Persu, en Corse, station balnéaire où presque 40 % de la population est originaire soit du Portugal, soit du Maroc. 1. Le bar-restaurant de l’association portugaise, l’un des plus anciens de Corse (trente ans) où se croisent toutes les générations, les anciens et les néo-arrivants. 2. Un bar de la ville, l’un des rares où existe une certaine mixité (Portugais, Marocains, Corses). 3. Un « bar à touristes« , autrement dit un endroit plutôt déserté par les locaux en cette saison mais surinvesti par les touristes qui, parfois, sur-jouent leur appartenance en certaines situations.

Didier Rey, Corse.

Périples au Portugal. Champion d’Europe en titre, le Portugal est une terre où le football se vit avec une grande intensité. Mais c’est aussi un pays viscéralement lié à la France avec ces centaines de milliers de travailleurs venus outre-Pyrénées depuis la fin des années 1950, ces milliers de Français qui s’installent au Portugal (50 000 approx. fin 2017) ou qui le visitent (1,7 million en 2016). Guidé par les pas d’un historien itinérant en quête d’archives, notre terrain mouvant sera composé des bars où se retrouvent des « expatriés » et touristes français, d’anciens émigrés en France revenus au Portugal ou encore des travailleurs brésiliens venus chercher une vie meilleure en Europe et qui composent un public de football souvent averti.

Victor Pereira, Portugal.

Située derrière la place du Marché aux cochons et jouxtant une agence intérimaire qui fait dans le BTP, la Casa de Espana marque l’entrée du jardin Claude Nougaro, au cœur des Minimes. Elle est le lieu emblématique du quartier historique d’installation des réfugiés de la retirada qui ont fuit la dictature franquiste pour rejoindre Toulouse. À l’occasion de la Copa del mundo de futbol, elle transforme sa salle commune en bodega avec tireuses à bières et écran géant diffusant les matchs de la Roja. Si la ville rose s’affiche comme « première ville espagnole de France », la communauté toulousaine originaire d’outre-Pyrénées est composite. Se trouvent réunis pour l’occasion, par delà les générations et les sexes, des catalans, des castillans, des galiciens, des andalous, des basques, des aragonais… et des français plus ou moins occitans. Via le football, chacun à leurs façons, ils attestent leur appartenance, diversement sentie et vécue, à une entité nationale commune tout en revendiquant des racines, proches ou lointaines (parfois recomposées à distance), les ancrant résolument aux côtés du Barça, du Real de Madrid ou de l’Atlético, du Celta Vigo ou du Deportivo La Corogne, du FC Séville ou du Betis, de l’Athetic Bilbao ou de la Real Sociedad. Dans un contexte politique marqué par la remise en cause, frontale ou larvée, de la centralité politique et économique madrilène (associée à la contestation nationale de la suprématie sportive du Real de Madrid), l’événement international permet de voir, depuis la lucarne toulousaine, comment se combinent les différentes échelles (du local au national) de l’engouement et du supportérisme footballistique espagnol. Qui plus est, les premiers matchs de la Roja l’opposant au Portugal et au Maroc, l’opportunité est grande de magnifier l’unité nationale sur le dos de deux voisins directs dont la proximité géographique et culturelle invite tout autant au rapprochement et à la communion collective qu’elle aiguise et entretient les distinctions caractérisant les différents territoires politiques et identitaires qui composent, singularisent et dissocient l’Espagne.

Observations notablement participantes, entretiens informels, clichés photographiques et tournées de Estrella, San Miguel et autres Mahou sont les moyens privilégiés de récolte des données empirico-festives. Parce que, si on en croit Max Weber, la raison et la vocation sociologiques ne vont pas sans un brin de passion et d’émotions ! 

Jean-Charles Basson, la Toulouse espagnole.

Publicités