I’m from France, not from Holland !

Lisbonne. Le Terreiro do Paço, samedi 20 juin. Longeant le Tage, cette place bordée de ministères et depuis quelques années de restaurants, symbolise le pouvoir central au Portugal. Depuis plusieurs décennies, elle est le lieu des grands rassemblements, des rares discours publics du dictateur Salazar aux retransmissions des matchs de football lors des compétitions internationales et des concerts gratuits, notamment lors du dernier concours de l’Eurovision en mai 2018. Également connue sous le nom de Place du Commerce, le Terreiro do Paço est l’un des passages obligés pour les touristes qui peuvent y admirer la statue du roi José I dont le règne fut marqué par le terrible tremblement de terre en 1755.

Depuis plusieurs années, le Portugal en général et Lisbonne en particulier sont une destination prisée des touristes français. Selon l’ambassade de France à Lisbonne, le Portugal a attiré 1,7 millions de touristes français en 2016. Ils auraient été 2 millions l’année suivante. De plus, depuis quelques années le Portugal accueille un nombre croissant de retraités en quête de soleil (et d’exemptions fiscales) mais aussi de jeunes actifs choisissant le pays qu’une partie de la presse hexagonale a baptisé la Californie de l’Europe. Une des raisons souvent évoquées pour expliquer la croissance exponentielle du tourisme français au Portugal est le calme qui règne dans le pays. À la différence d’autres destinations touristiques (Afrique du Nord et Turquie notamment), le pays n’a pas connu d’attentat et un sentiment de sécurité y prévaut. Pour preuve, alors que les autorités françaises réduisent les écrans géants dans les lieux publics pour des raisons de sécurité, un écran géant a été installé sur le Terreiro do Paço. Aucun filtrage policier n’empêche la foule de s’installer sur une pelouse synthétique et d’y regarder, distraitement ou non, les matchs du mondial.

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Pour ce France-Argentine, la partie de la place en face de l’écran est pleine de spectateurs qui profitent du samedi après-midi ensoleillé. On y entend de nombreuses langues mais le français domine. Le public est composé principalement de jeunes adultes, hommes et femmes, venus un week-end ou quelques jours à Lisbonne De nombreux touristes français n’ont pas oublié le match avant de partir et ont glissé un maillot de l’équipe de France – des différents millésimes depuis celui du Mondial 1998 – dans leur valise. Certains sont munis de guides touristiques et les cartes de la ville permettent de se protéger du soleil qui bat fort entre deux courts passages de nuages. Chaleur (modérée) aidant, beaucoup d’hommes sont torses nus. Le relâchement des vacances règne.

Les spectateurs sont assis et regardent attentivement le match même si les commentaires sont en portugais. Le coup franc de Griezmann qui frappe la transversale à la 8e minute provoque le premier cri collectif. Quelques minutes plus tard, les spectateurs français se lèvent pour voir Griezmann marquer sur pénalty et certains entonnent la Marseillaise. Avec un manche de balai servant de hampe, un drapeau français s’agite sur la foule en liesse. Le soleil continue de frapper fort et des « porteurs » partent chercher des verres en plastique de Super Bock ou de Sagres, les deux bières nationales, se faisant houspiller lorsqu’ils empêchent de voir l’écran. Certains ont amené avec eux un breuvage que l’on trouve plus rarement au Portugal : du pastis qu’ils sirotent et distribuent autour d’eux.

Des vendeurs traversent la place et proposent des drapeaux des différents pays pour 5 euros. Après avoir acheté un drapeau français, un touriste revient vers le vendeur mécontent d’avoir acheté un drapeau… néerlandais. Le vendeur a beau déplier les différents drapeaux français qu’il pense avoir, il ne possède que des drapeaux aux bandes horizontales bleu, blanc, rouge. Vus les drapeaux qu’arborent plusieurs spectateurs, beaucoup n’ont pas vu cette erreur ou ne sont pas gênés d’avoir un emblème batave. Mais ce touriste demande à être remboursé, insistant, en anglais, « I’m from France not from Holland ! ». Dépité, le vendeur rend les 5 euros et reprend le bout de tissu qu’il arrivera probablement à vendre à quelqu’un d’autre.

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Le but de Di Maria, peu avant la mi-temps, permet de voir qu’un groupe d’Argentins, compact et bien placé près de l’écran, est présent. Lors de la mi-temps, les spectateurs se lèvent pour se dégourdir les jambes, discuter des 45 premières minutes et aller chercher de quoi se désaltérer. La mi-temps semble permettre aux supporters argentins de se regrouper. En effet, ils semblent encore plus nombreux à célébrer bruyamment le deuxième but de leur équipe. Le positionnement des supporters argentins – regroupés à quelques mètres de l’écran – laisse présager le style de jeu défensif que vont désormais adopter les coéquipiers de Messi. Cependant la reprise de volée de Pavard remet en cause ce schéma tactique et amène les supporters français à se lever d’un bond. De nombreux cris approbateurs ponctuent la répétition de la frappe. Les deux buts de Mbappé amènent de nouveau les supporters français à se lever et à exprimer bruyamment leur joie. La Marseillaise est chantée et le classique « qui ne saute pas n’est pas Français » résonne. On « chambre » également les supporters argentins avec un « ils sont où les Argentins ? ». Certains sont tentés de voir la fin du match debout mais ceux qui sont derrière eux les invitent à s’asseoir. Vers la 80e minute, alors que la qualification semble être acquise, un jeune homme lance une Marseillaise largement reprise.

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À la fin du match, un DJ félicite – en anglais – les supporters français. Alors qu’à la mi-temps la musique était de sonorité latino-américaine, il lance un « I Gotta Feeling », de David Guetta et des Black Eyed Peas français, probablement pour célébrer cette victoire des Bleus. La question demeure : quel titre avait-il choisi en cas de victoire de l’Albiceleste ?

Des groupes de supporters arborant des maillots de l’équipe de France expriment leur joie, en chantant et dansant, pour le plus grand plaisir des touristes d’autres nationalités et des caméras de la télévision portugaise. La foule se disperse doucement dans les rues du quartier de la baixa. Le DJ reprend la parole et, cette fois en portugais, annonce le prochain match qui va attirer encore plus de foule dans la majestueuse place : Portugal-Uruguay.

Victor Pereira, Lisbonne

 

 

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