Allez Kylian !

Huitième de finale : France / Argentine. Samedi 30 juin à 16h.

Nous retrouvons le même groupe de jeunes femmes jouant dans la même équipe de football ligérienne dans la maison de Florence qui les a invitées pour le huitième de finale de la France. A la différence du premier match de l’équipe de France, certaines ont leur enfant. Bérénice, Cyrielle, Agathe et Maxime, le fils d’Alice âgé de 5 ans, prennent place sur le canapé face à la télévision grand écran. Alice est assise sur une chaise, tout comme Florence qui s’occupe d’Ethan, son fils âgé de 2 ans et demi. Alice, Agathe et Bérénice ont de nouveau revêtu leur maillot de l’équipe de France. Quant à Maxime, il porte la tenue complète et précise fièrement : « c’est mon habit, c’est pas un déguisement. » Il a également un grand drapeau de l’équipe de France qui lui sert de cape et qu’il agite en début de match en scandant « Allez la France, allez la France ! ». Agathe est venue avec le fameux Vuvuzela en plastique et a appris à Maxime comment souffler dedans. Il s’en donne à cœur joie. Certaines sont à la bière, d’autres au jus de fruits, et quelques bonbons sont mis à disposition sur la table basse. Le match commence, l’ambiance est moins débridée que pour le match contre l’Australie. Les enfants donnent le rythme. Ethan réclame Tchoupi car c’est ce qu’il a l’habitude de regarder à la télévision et Maxime demande « il est où Mbappé ? ». « Il est là [lui montre Agathe en pointant un joueur du doigt] c’est le numéro 10. ». « Allez Kylian ! Allez Kylian ! » s’écrit-il alors. Alice lui dessine un drapeau bleu blanc rouge sur les joues et le front. Il est fin prêt pour regarder le match.

11ème minute, Agathe bondit du canapé et réclame le rouge pour le joueur Argentin. Bérénice renchérit « mais c’est pas possible les fautes qu’ils font les Argentins, c’est scandaleux ! ». « Ils ne méritent pas d’aller au bout en jouant comme ça » souffle Alice. « Ah ben là y’a même pas besoin de l’arbitrage vidéo ! » appuie Agathe. Puis, place au silence, à la concentration, chacune retient son souffle, un timide « allez Griezmann » est lancé… et le penalty est transformé. Un grand cri de joie est poussé, Agathe, Cyrielle et Alice sont debout. On sent que ce premier but contribue à nous soulager. Le ralenti du penalty est diffusé, Maxime s’exclame « la France a marqué ! ». Nous rions et Alice lui explique « non, non c’est un ralenti du penalty, ce n’est pas un autre but ».  Ethan quant à lui réclame toujours Tchoupi.

Puis, peu de temps après, nouvelle grosse faute d’un Argentin à l’entrée de la surface : « Oh mais c’est pas possible, va falloir qu’ils se calment. » clament Alice et Agathe. « C’est vraiment des gros c… » se retient Bérénice en jetant un coup d’œil à Maxime. « Des gros malhonnêtes » finit-elle par dire. Maxime est de toute façon trop occupé à souffler dans le Vuvuzela.

25ème minute, Mélissa, une coéquipière footballeuse, son mari Laurent et leurs fils Matéo de 4 ans rejoignent le groupe. Ils viennent de la kermesse de l’école. Seule Mélissa s’intéresse vraiment au foot mais Laurent, d’origine italienne, entame les hostilités dès son arrivée :

« C’est l’Argentine qui va gagner à la dernière minute. J’ai parié sur eux. ». « Mais t’es vraiment mauvais que les Italiens ne soient pas à la Coupe du monde ! » rétorque Bérénice.

Puis elle se tourne vers Mélissa : « il a vraiment parié ? », « ouais un euro je crois mais c’est plus par esprit de contradiction » soupire-t-elle. Les enfants mettent une ambiance bruyante et dissipée; entre les sons du Vuvuzela, ceux du robot d’Ethan et les passages indifférents des deux plus petits devant la télévision… D’ailleurs, Agathe finit par craquer et demande à Maxime d’arrêter avec le Vuvuzela « tu reprendras à la mi-temps, ok ? ». « C’est quoi la mi-temps ? » demande Maxime. « C’est quand la première partie du match sera terminée » lui précise Bérénice, à côté de qui il se rassoit, stoïque. Puis, l’égalisation des Argentins assomment un peu tout le monde sauf Laurent qui pique à nouveau l’assistance : « je vous l’avais dit, c’est l’Argentine qui va gagner. ». Des soupirs qui en disent longs, des mines un peu tristes et inquiètes s’affichent sur les visages des unes et des autres. « C’est pas bien parce qu’il est tout seul Di Maria, il a largement le temps de contrôler et de frapper… » rage Bérénice. Les autres acquiescent. Agathe ajoute « c’est clair que faut pas les laisser jouer. ».

C’est la mi-temps, Maxime a finalement bien compris ce que c’était et n’a pas oublié qu’il pouvait de nouveau se servir du Vuvuzela. Il reprend donc le concert avec enthousiasme. Chaque son de Vuvuzela est ponctué d’un éclat de rires de sa part : « c’est une trompette en fait » nous dit-il très amusé. Au bout de quelques minutes, c’est Alice qui finit par lui demander à son tour d’arrêter « bon, on va faire une pause là, tu pourras le reprendre quand il y aura un but. ». Heureusement Maxime n’est pas capricieux, il pose le Vuvuzela et s’en va à d’autres occupations le temps que le match reprenne. La deuxième mi-temps commence. Tout le monde a repris place sur le canapé et les chaises. Moment de doute pour Maxime qui, en scrutant l’écran, demande : « Ils jouent contre qui la France ? ». Nous sourions et sommes plusieurs à répondre : « toujours contre l’Argentine. ».

La deuxième mi-temps commence mal, les Argentins prennent l’avantage, le doute s’installe dans la pièce. Laurent jubile mais sent aussi que, pour nous, c’est du sérieux et donc n’insiste pas. « Ça c’est moche, il n’a même pas fait exprès de marquer, elle lui tombe dessus… » déplore tristement Agathe. L’ambiance est chargée de stress. Et puis toujours le doute, et les premières remarques sceptiques : « Giroud est transparent pour l’instant… » soupire Bérénice. « Griezmann aussi » renchérit Agathe. Seul Maxime poursuit avec ferveur, lançant d’une voix fluette, à chaque fois qu’il aperçoit le numéro 10 des Bleus « allez Kylian ! ». « Dis-donc tu l’aimes bien Mbappé » glisse Bérénice à l’oreille de Maxime. Alice explique :

« C’est son joueur préféré car il porte le numéro 10, comme lui, et surtout parce qu’il s’appelle Kylian comme son cousin ».

Puis la frappe de Pavard, qui finit au fond des filets à la 56ème, vient définitivement redonner le sourire au groupe ! « Yes ! », « bouhhh il est magnifique ce but, l’un des plus beaux de la Coupe du monde ! », « Excellent ! ». A la vue du ralenti, Alice fait remarquer : « son geste est magnifique, il s’est bien couché sur la balle. ». Maxime se fait avoir une nouvelle fois par le ralenti « encore un but ! ». Nous sourions et Alice s’exclame « Avec lui, à la fin du match il y aura 10 à 2 ! ». De nouveau, tout le monde y croit. Agathe se risque à affirmer : « je le savais, ils se réservaient pendant les poules et là ils vont exploser ». « C’est vrai qu’ils jouent beaucoup mieux. », « ça c’est un vrai match de Coupe du monde ! ».

Mais c’était sans compter la petite sueur froide à la 66ème : « C’est pas intelligent ce qu’il a fait Griezmann ! Faut pas leur donner de coup franc comme ça, surtout à Messi… ». Heureusement, cela est repoussé, Bérénice et Agathe sont soulagées mais restent stressées. Se croyant sur le terrain, l’une crie « montez les gars ! » et l’autre « ON SORT ! ». Elles se regardent en souriant et avouent « ils me stressent ». « A fond, c’est stressant. » confirment Cyrielle et Florence. « J’ai le palpitant qui va dans tous les sens » ajoute cette dernière. « Et c’est pas fini puisque c’est les Argentins qui vont gagner » s’amuse Laurent. Aucune remarque mais une nuée de regards noirs en sa direction pour seule réponse. De nouveau, un excès d’engagement argentin et une belle faute qui crispent tout le monde. Certaines se retiennent de conspuer le joueur Argentin, par respect pour les enfants, se contentant de regarder les autres qui ont bien compris leur frustration et de rager en silence.

Et puis, la délivrance à la 64ème, Mbappé encouragé par Maxime « Allez Kylian, allez Kylian ! », marque le troisième but pour les Bleus. « Super Mbappé ! ». « Je vous l’ai dit, ça sort des poules et après ça donne ! » exulte Agathe debout les bras en l’air. Côté argentin, c’est un peu la désillusion… La mine déconfite de Messi est jubilatoire ! Quatre minutes plus tard, le deuxième but du chouchou « Kylian » les assomment définitivement et nous délivrent dans le même temps. Nous sommes debout, laissant éclater notre joie. « Y’a 4 à 2 et ben là tant pis pour les Argentins » s’exclame calmement, de sa petite voix, Maxime. Nous n’aurions pas mieux dit.

80ème, une dernière petite frayeur suite à une frappe qui finit dans les mains de Lloris qui se couche en protection. Après un léger silence durant lequel nous avons toutes retenu notre souffle. Bérénice lance : « Prends ton temps Lloris, reste couché ». « C’est clair, fais semblant de t’être un peu blessé » plaisante Alice. Surprise du côté du banc de touche, Thauvin fait son entrée : « Il doit être refait le mec de jouer 10 minutes » confie Alice. Agathe, quant à elle, en profite pour raconter une anecdote qu’elle a lue sur internet :

« C’est Deschamps qui se tourne vers Thauvin et lui dit : « Florian, tu veux jouer ? », « oui coach », « ben va jouer à la Nintendo avec Adil ». ».

L’atmosphère est beaucoup plus détendue. Maxime ne cesse de répéter « je crois que c’est la France qui va gagner, tant pis pour les Argentins. ». Le temps additionnel est annoncé : 4 minutes supplémentaires « oh super, dis-donc, Thauvin va doubler son temps de jeu ! » annonce Alice en riant ! Malheureusement, le but des Argentins vient ternir la fête et crispe de nouveau la pièce. Peut-être que dans les têtes, furtivement, certaines imaginent le pire mais surtout personne ne dit rien. Concentrées sur l’écran, nous attendons le coup de sifflet salvateur. Une ultime faute des Argentins réveillera l’assistance : « Mais c’est honteux, mais mets-lui un carton ! » s’exclame Bérénice. « C’est criminel ! » s’insurge Agathe ! « Ah mais c’est vraiment des têtes de… des têtes à claque » se reprend rapidement Agathe. Sur le terrain aussi les esprits s’échauffent… « Il faut que l’arbitre siffle, c’est en train de lui échapper » confie Agathe, soucieuse du dénouement. « Regarde Hernandez comme il est énervé, c’est clair que ce serait pas mal que ça en reste là. » Vœu exaucé, le coup de sifflet final retentit. Explosion de joie dans le salon, la pression laisse place au soulagement, « la France a gagné » lance Maxime !

A la vue du banc de touche des Argentins : « Ils ont les boules les Argentins, hein, comme les Italiens » lance Agathe, avec un large sourire, à l’attention de Laurent. « Je le dis maintenant que c’est fini, autant vous dire qu’au début j’avais un peu peur. Et puis, je suis quand même blasée qu’ils marquent à la fin » confie Alice d’un ton grave. Agathe, quant à elle, laisse retomber la pression et, à la vue de Messi, lance :

« Ah t’es blasé hein, t’as perdu tu rentres chez toi ! ».

Puis elle sort sur la terrasse jouer un peu de Vuvuzela, accompagnée du reste du groupe qui entonne fièrement : « On a gagné ! On a gagné ! ».

 

Bérangère Ginhoux, Rhône-Alpes

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